Publié le 14 février 2020 Mis à jour le 14 février 2020

Nous avons l'immense chagrin de vous annoncer le décès d’un de nos éminents retraités, le Professeur Léopold Molle. Il a été durant des années un des piliers non seulement de notre faculté mais aussi du monde de la santé, jusque bien au-delà de nos frontières.

Décès du professeur Léopold Molle

Né le 20 septembre 1921, le professeur Molle vient de s’éteindre ce dimanche 9 février 2020 à l’âge très respectable de 98 ans. Originaire de la région namuroise à laquelle il tenait tant, ce natif de Saint Gérard a bénéficié de l’enseignement des pères Jésuites avant de rejoindre l’ULB pour se former en Pharmacie. Très tôt attiré par les savoirs des apothicaires qui, à l’époque manipulaient encore moult remèdes d’origine végétale et minérale, il assista et participa aux développements des sciences pharmaceutiques marqués par la révolution chimique puis biologique.  Très tôt repéré par son maitre, le professeur Louis Maricq, il fut invité à rejoindre son laboratoire et à participer aux enseignements de chimie pharmaceutique inorganique, de chimie analytique et de toxicologie. A l’instar de son patron bien exigeant, il acquit très vite la rigueur et la précision dont seuls peuvent se revendiquer les vrais « analystes ». Il s’intéressa aux méthodes physicochimiques d’analyse des médicaments et des toxiques dont l’électrodialyse et la chromatographie en phase gazeuse et, plus tard, à l’absorption atomique. Il rédigea ainsi avec son collègue Romain Ruyssen de l’Université de Gand un ouvrage de référence dans le domaine, les « Principes de Chimie Physique à l’Usage des Pharmaciens » qui montra toute sa modernité et son souci de développement et de promotion des sciences pharmaceutiques.

Au départ de son maître, il reprit ses enseignements et s’adjoint de brillants collaborateurs, en la personne des professeurs Gaston Patriarche et Michel Hanocq. Bien qu’élevé dans l’esprit des « Mandarins », Léopold Molle s’impliqua avec passion dans les profondes modifications de l’esprit et de l’enseignement universitaires inspirées par le climat de « Mai 68 ». Il marcha à fond dans la participation de ses étudiants à leur formation. Démocrate et homme de cœur, il impressionna par sa proximité, son ouverture d’esprit, son humanisme et ses encouragements sous des aspects néanmoins exigeants et sans concession à la médiocrité. Il lança avec ses collaborateurs les premières études sur les relations structure activité dans la série des benzamides. C’est son laboratoire qui s’équipa des premiers ordinateurs et logiciels facilitant ces études.  Ses relations lui permirent aussi d’intensifier les contacts avec de grandes firmes françaises de cosmétologie, ce qui lui fit alors créer pour la première fois en Belgique un enseignement complet de dermo-cosmétologie, toujours fort vivace aujourd’hui.

Léopold Molle manifesta aussi une grande activité en toxicologie en créant de toutes pièces un laboratoire collaborant avec le Centre Anti-Poisons et spécialisé dans l’analyse des toxiques minéraux. Il fut également un des fondateurs du Laboratoire Central de Toxicologie. Ses enseignements de Toxicologie étaient remarquables et contrastaient avec la vétusté parfois visible chez d’autres. Finalement, il fut à la base de l’instauration d’un vaste programme de coopération avec l’université de Ouagadougou au Burkina Faso. Cet ambitieux programme donna un stimulus prodigieux à l’enseignement et au développement de la pharmacie dans ce pays qui lui témoigna plusieurs fois son immense reconnaissance

Ses activités dépassèrent largement la sphère universitaire.  Il créa notamment la Fondation « Médicaments et Société ».  Ses mérites furent reconnus dans de nombreuses instances telles la Commission des Médicaments, le FNRS ou la Pharmacopée Européenne. Il entra à l’Académie Royale de Médecine dès 1969 et fut aussi Membre de l’Académie de Pharmacie en France.  

Homme de conviction, de principes et de passions, il impressionna toutes les personnes qui eurent la chance d’entrer en contact avec lui. Son épouse Lucie fut à ses côtés durant presque toute son existence et constitua avec lui un couple remarquable et combien interdépendant. Leur fille Geneviève, ses deux petits-enfants et ses arrières petits-enfants furent des rayons de soleil dans son existence. Il n’eut pas de garçon « biologique », mais s’entoura d’une ribambelle de fils spirituels et de frères fort attachés à lui et reconnaissants. Mis en danger par deux méchantes attaques du cancer, il passa les caps difficiles avec volonté et courage pour finalement manifester une longévité remarquable. Ce grand amateur de bons vins admettait non sans malice que c’était ce breuvage qui l’avait amené à une existence si sereine et bien remplie. Au service de l’Homme et de l’humanité, toujours à la poursuite de l’inaccessible étoile, il s’en est parti rejoindre l’immensité de l’Univers.
Un émouvant hommage lui a été rendu ce vendredi 14/02 au Crématorium d'Uccle.